Mail à … Martin Luther King

Salut Martin,

C’est peut-être un peu trop direct comme entrée en matière, non ? Les bien-pensants diront même que c’est irrespectueux. Je pourrais aussi t’appeler M.L.K., comme la chanson de U2 qui te rend un hommage très subtil.

Il me semble que le 4 avril est une date appropriée pour penser à toi, n’est-il pas ?

Quand tu étais petit, j’ai lu qu’on te répétait sans cesse qu’il fallait souffrir pour devenir quelqu’un. Quelle drôle d’idée ! Combien de gens sur cette planète ont souffert sans jamais devenir … personne ? C’est vraiment une idée curieuse de croire qu’il faut avoir eu du malheur pour mériter le bonheur. Probablement l’idée la plus absurde que l’humanité ait inventée. Et le fait qu’on nous la rabâche sans cesse dans certains milieux, dans certaines sociétés, n’est certainement pas innocent, pour nous rendre docile en nous laissant espérer le paradis. Une belle hypocrisie en tout cas, à laquelle je n’adhère pas. Cela aurait même tendance à m’énerver au plus haut poing.

Oui, avec un ‘g’, même si je suis d’accord avec toi pour prôner la non violence. Mais comme toi également, j’aime aussi le point G. Tes ennemis ont essayé de te faire trébucher à cause de ton péché mignon d’ailleurs, l’amour des femmes… comme si c’était un péché. Mais je m’écarte comme dirait Clara Morgane.

Descartes écrivait : « Je pense donc je suis ». Tu sais mieux que quiconque qu’on pourrait compléter sa phrase par « Je pense donc je suis un gêneur. » …Un casse-pieds, un trouble-fête, bref, un danger !

Je pourrais évoquer aussi le savant Copernic. Un Polonais qui n’y connaissait rien du tout en plomberie, à chaque fois qu’il voulait bricoler la robinetterie, c’était un désastre. Du coup il s’est intéressé au mouvement des astres. Copernic donc, a découvert que la Terre tournait autour du Soleil et non l’inverse, il aurait mieux fait d’attendre avant de répandre la nouvelle. Attendre que les mentalités soient prêtent à entendre ce que leurs esprits fermés ne pouvaient même pas concevoir. Réjouissons-nous mon frère, (Tu permets que je t’appelle ‘Mon frère ?) que sur cette planète il y ait eu des précurseurs, des visionnaires, des gens qui ont bousculé la pensée pour nous faire tous progresser. Tu fais partie de ces gens là.

Cela dit, bah oui, tu te doutes qu’il y a un mais. Dans ton célébrissime discours du 28 aout 1963 à Washington, tu disais que tu avais fait un rêve. Ça me parle ça. Moi qui suis un doux rêveur, dès que quelqu’un me dit qu’il a fait un rêve, je deviens attentif, j’ouvre les yeux et je lève une patte comme un chien d’arrêt.

Toi comme Ghandi vous prôniez la non violence. Tu expliquais même, lors d’un autre discours à Montgomery, que tu préférais brandir l’arme de l’amour. Tu avais raison évidemment, il m’arrive moi-même de brandir l’arme de l’amour, mais là non plus nous ne sommes pas égaux. Nous avons des calibres différents ! Enfin je ne parle pas pour moi bien entendu, « ... J’ai la puissance de feu d’un croiseur. » (Audiard) Dans cette logique de l’amour comme signe distinctif de puissance, si Rocco était Président, on jouirait alors tous d’une reconnaissance et d’une liberté qui ne s’ébranleraient pas sous les attaques séculaires des trous du cul ! Mais bon, là aussi je m’égare.

Cela dit, il est temps que j’en vienne au sujet même de ce qui m’amène à t’écrire. Ton discours de Washington est certainement l’un des plus célèbres du 20éme siècle. Moi aussi j’ai fait un rêve, le même que tu as raconté il y a 55 ans. On ne le sait pas, mais ce rêve tu ne l’as pas fait toi même, tu rapportais ce qu’avait dit quelques jours plus tôt une femme blanche à une femme noire. « J’ai rêvé, disait-elle, que mon enfant blanc marche main dans la main avec votre enfant noir. » Le rêve de cette maman auquel tu avais donné une résonance mondiale s’est réalisé en partie. Aujourd’hui, il y a des endroits où la couleur de l’autre n’a plus d’importance, mais malheureusement les intolérances se sont déplacées vers d’autres éléments de notre vie désormais, ce n’est pas plus rassurant.

Luther King, la vie, quelle histoire !
C’est pas très marrant
Qu’on l’écrive blanc sur noir
Ou bien noir sur blanc,
On voit surtout du rouge, du rouge

(Adaptation de Nogaro)

Eric Laforge

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PS : Aujourd’hui, cela fait 50 ans qu’un type a voulu changer le cours de l’histoire en t’assassinant. Ça devait être son rêve. Du coup, tu es devenu une légende, lui n’a obtenu que la place d’un misérable abruti ségrégationniste dans l’histoire.

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