Mail à … Lady Di !

Salut Diane, 

Oui je francise ton nom, Diane ça me rappelle ma première voiture. Ah les voitures ! On s’y attache. Témoins parfois de Premières Fois mémorables…

A propos de souvenirs… j’ai sous les yeux un vieux Télé 7 jours daté du 30 août 1997, rubrique horoscope. Je lis ce qu’écrivait Elizabeth Tessier (je te jure que c’est vrai) à propos des cancers du 1er décan, ton signe Diana. « Mercure met à l’honneur échanges, écrits, démarches et déplacements. Misez sur le 31. »  

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Se déplacer le 31… Je t’avouerai que je n’ai jamais cru à ces « conneries d’horoscope » comme disait une copine vierge. En jetant un coup d’œil dans le dictionnaire des synonymes, pour voyante il est proposé illuminée ou encore magicienne. Sûrement à cause de cette faculté commune de faire passer des vessies pour des lanternes. Hé oui Diane, le 31 août 1997 n’était vraiment pas le bon jour pour te déplacer en voiture.

En arrivant devant St Pierre au paradis, tu aurais pu lui dire un truc du genre : « Mr St Pierre, sans vouloir être insolente, cet accident ne devrait pas compter, nous avons démarrer la voiture avant minuit, donc le 30. Et monsieur Paul était saoul comme toute la Pologne et il roulait à tombeau ouvert ! » Euh… si tu as dit ça, je comprends qu’il n’y ait pas eu de deuxième chance. D’abord, on ne dénonce pas son chauffeur et ensuite qu’est-ce que c’est que cette histoire de pointer du doigt la Pologne à propos d’une supposée alcoolémie endémique ? Si on ne prend pas garde à ce genre de généralités faciles, on finira aussi par dire que les Ecossais sont radins, que les Américains sont procéduriers, que les Belges ne mangent que des frites et que tous les Français sont grandes gueules ! J’ai connu un Français sourd et muet et un Belge qui ne se nourrissait qu’avec de la bière. 

A propos de ton chauffeur, Monsieur Paul, de la vitesse excessive et de la thèse du complot, je me suis laissé dire qu’Eric Laforge allait sortir un livre bientôt sur le sujet. 

Soit. Ma chère Diane, après que tu te sois envolée avec les anges cette nuit là, certains ont écrit que tu avais été victime d’un complot. Tu devenais gênante, comme qui dirait. Il paraît que ta vie, semble t-il plus dissolue que la moyenne des gens de ta condition posait problème. Je pense que c’est pour ça que tu es la seule de la famille d’Angleterre à m’avoir un tant soit peu intéressé. Ce côté anticonformiste me plaisait bien ! Sans compter, et j’y met les formes, ce physique fort attrayant. Soyons plus direct, cette plastique qui ferait se damner tous les saints du paradis. Et puis tu avais une façon unique de regarder, tu baissais la tête en levant les yeux. 

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Euh, excuse moi une seconde… 

Voila… Je viens de baisser la musique, le son allait trop fort, j’écoutais The Wall. 

Bon, revenons au 31 aout 97′, il est minuit cinq environ, je viens de finir mon émission sur une grande radio française. Je récupère alors ma voiture, garée au bout du Cours Albert 1er. Le quartier est calme, je regarde la Tour Eiffel qui scintille de mille feux, comme à chaque heure. Sans les embouteillages et dans la torpeur de cette nuit d’été, je me dis alors que Paris est vraiment la plus belle ville du monde. Toi aussi tu te dis ça en regardant à travers la fenêtre de la Mercedes, une main posée amoureusement sur la cuisse de ton amoureux assis à côté. Je ne le sais pas encore, mais tu passes sous mes pieds, dans un tunnel. 100 mètres plus loin, il y a le treizième pylône de ce tunnel. Ma mère dit toujours que 13 est un chiffre porte malheur, à cause de Judas lors d’un repas avec le fils de l’homme invisible. Drôle d’histoire ça aussi.

Le lendemain à 5 H 44, un communiqué laconique de l’AFP annonce qu’un accident de la circulation a fait trois morts sous le tunnel de l’Alma pendant la nuit. C’est la première évocation écrite de ta mort. Oui, dans cette histoire tu meurs, ce n’est pas très drôle je te le concède. Si ça peux te rassurer, pylône ou pas, « La vie on n’en sort pas vivant. » (Pierre D’Ac) 

Encore un week-end tragique à intégrer et à dissoudre dans les statistiques annuelles me dis-je avec cet air condescendant que je sais si bien prendre lorsque je veux jouer à l’intellectuel. Ordinaires, presque insignifiants les accidents de la route du samedi soir deviennent une fatalité. J’ai un poto, pas le treizième du tunnel. Un poto c’est un ami. Lui est mort un soir dans un accident de la route. Tu vas rire, c’était un samedi soir sur la Terre, il sortait de la boîte dans laquelle j’étais DJ. Un peu trop bu, il n’était pas Polonais. Le reste est une histoire de verre brisé, de tôle froissée, de mur, de fatigue, de vitesse aussi certainement. Je ne te fais pas un dessin. Le lendemain, sa photo n’était même pas dans le journal, on voyait seulement un amas de tôle en guise de témoignage. Pas de bol pour lui, les photographes dormaient au moment du choc, ils sont donc arrivés longtemps après l’accident. Moins efficaces que ceux qui te suivaient. 

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On enterre les morts. On soigne les blessés. L’indifférence générale gomme les drames individuels qui se jouent autour des victimes. Il faut dire qu’avec presque un mort toutes les heures sur les routes de France en 1997, ce quotidien macabre finissait par lasser. Et puis, il y a la terrible règle du mort-kilomètre ma chère Diane, selon laquelle un mort à un kilomètre nous intéresse plus que dix morts à dix kilomètres, que cent morts à cent kilomètres et ainsi de suite. Dans ton cas, ça a été différent. Toutes les règles ont été oubliées, balayées par ce raz de marée. Même aux antipodes, ces trois morts à vingt mille kilomètres sont devenues plus intéressants que les catastrophes locales. Partout dans les journaux, le reste des informations a été relayé loin dans les pages intérieures. Quand il restait de la place. La personnalité de la principale victime, toi Diane, a bien sûr été le détonateur de ce subit accès de fièvre médiatique.

Le 31 aout 1997, il y a 18 ans, si tu avais allumé la télévision, ouvert un journal, tu aurais vu mourir une princesse. Les yeux humides, on n’imaginait pas qu’une jolie fée de 36 ans puisse mourir. 

Eric Laforge

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PS : Tu as vu ton fils, il a fait un beau mariage hein ? Encore plus grand que le tien. Comme pour toi on dira un jour que ces salauds de paparazzis lui volent sa vie privée …hum … Sa vie, n’est-elle pas tombée dans le domaine public le 29 avril 2011, jour de la cérémonie en mondovision devant 900 millions de téléspectateurs ? 

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