Mail à … Bob Dylan

Salut Le Zim !

On dira ce qu’on voudra de ton irrespect supposé pour le public, certes tu tournes le dos à une partie de l’audience pendant la moitié du concert, mais au moins tu es à l’heure. J’étais à ton concert hier, le temps de m’assoir et de découvrir qu’à côté de moi il y avait un poto, euh non, un poteau et hop les lumières se sont éteintes. C’est pratique un poteau pour s’appuyer et dormir, au cas ou bien sur…

1Il était donc 20h tapantes. La guitare, puis la batterie, puis ta voix. A propos, dans la voiture en venant, j’ai réécouté Together through life, un album récent (2009). Histoire de me réhabituer à ta voix et à ton phrasé. Pour être honnête, au début du concert hier, j’ai cru d’abord qu’un teasing du prochain Star Wars était diffusé dans la salle. De loin, ta tignasse et surtout ta voix me faisaient penser à Chewbacca. Je dis ça sans moquerie, j’adore Chewbacca. Et puis j’adorais mon père et tu as aussi la voix qu’il avait les dernières années de sa vie, après sa trachéotomie.

2Anyway, une chose est certaine en t’écoutant, j’ai eu la confirmation que je n’étais pas du tout bilingue. J’ai des amis Bulgares, mais je ne parle pas le yaourt, je le regrette. Je ne comprends pas un traitre mot de ce que tu chantes. C’est bien dommage, parce que tes textes, pour une bonne partie d’entre eux mériteraient que tout le monde les lisent. Tellement ils sont profonds et ont du sens.

Traitre… traitre disais-je. Ah oui, permets moi mon Bobby de faire une digression. Au début des années 60′, tu avais engagé un groupe pour t’accompagner et tu avais électrifié ta guitare. Les abru… pardon, …les intégristes de la musique t’ont alors craché dessus en te traitant de Judas. J’admire ton courage à faire face à cette sorte de bêtise humaine. J’ai même des images d’un concert de toi en Angleterre, à la même époque. On y voit les spectateurs te huer parce que tu montes sur scène avec un groupe. Pour eux, un chanteur de folk doit être seul. Ils n’avaient pas compris qu’ils vivaient là un moment de l’histoire de la musique et que tu étais en train de changer le cours des choses. Ils ne pouvaient pas comprendre, pour comprendre il faut avoir l’esprit ouvert.

3Les images que j’ai de ce concert ont quelque chose d’amusant, en les regardant en ce moment même je pouffe (non je ne parle pas de Miss France). A la fin de ta dernière chanson, tu tiens ta gratte à la main et tu sors sous les sifflets et les insultes. Un mec arrive alors au micro, le gérant de la salle certainement, petite chemisette, lunettes noires, il te regarde quitter la scène. Il est tout penaud, il réajuste ses lunettes, on ne le sent pas très rassuré. Puis il dit : « Bobby va revenir chanter. » Bronca et insultes dans la salle, les sifflets redoublent. Puis il ajoute : « Désolé, mais Bobby va revenir chanter ! » On l’entend à peine tellement le public grogne. J’admire ton courage de revenir dans ces conditions là, mais tu avais mille fois raison.

Un mot sur ta prestation d’hier.

Ce n’est pas la Les Premières Fois que je te vois, je te l’ai dit, j’aime ta musique, tes textes. Ils nous font prendre conscience de certaines réalités si on se donne la peine d’y réfléchir. Tu me fais penser à un autre Bob tiens, Marley. Vos musiques sont différentes, mais les textes ont la même force, le même pouvoir de dire des choses, vous avez le même courage physique d’affronter les réalités en face. Vous êtes à mon sens des vrais rebelles, dans le sens noble du terme. Pas juste des mecs qui montent sur scène avec un déguisement de rockeur pour se la jouer mauvais garçon.

Je continuerai donc à acheter tes disques. Tu es un des seuls artistes dont j’achète encore les disques, ils en valent la peine, c’est plus que de la musique, ce sont des témoignages d’une époque au même titre que les articles de Camille Desmoulins dans son journal Le Vieux Cordelier dans les années 90’… 1790 ! Il a été l’un des premiers journalistes en France, tu as été l’un des premiers protest singers ou en tout cas l’un des plus influents.

Mais il faut bien reconnaître que si tes prestations en concert sont saluées à la fin de chaque chanson par un délire collectif du public c’est essentiellement parce que ta renommée et ton passé parlent largement pour toi. A ta place hier, un jeune artiste aurait fait la prestation qui a été la tienne, il aurait été sifflé et moqué. Il aurait été viré. Mais toi non, le public te respecte. Je te respecte aussi mais une réputation ne suffit pas à faire un bon concert, hier c’était la dernière fois que je te voyais. Je n’ai pas eu le moindre soupçon d’émotion et j’ai surtout été très déçu par les arrangements, comme un formatage qui rendait tous tes titres presque identiques, méconnaissables et sans leur identité qui faisait tout leur intérêt. Heureusement qu’à l’harmonica et au piano tu es toujours le maître, ça permettait de donner un peu de saveur à tout cela.

4A Londres, il y a cinq ans, tu nous avais déjà fait le coup. Un ami m’écrivait hier après le concert : « Tout sonne de la même manière, les mélodies sont perdues, les morceaux sont comme caricaturés. La seule chose positive, c’est la capacité de Dylan à se réinventer, mais à mon sens au détriment de son répertoire. » Je n’enlève pas une virgule à son analyse. Il m’a fallu un certain temps hier pour reconnaître les deux titres en rappel All along the Watchtower et Blowin in the wind. Les mélodies n’étaient plus celles d’origines, j’ai juste reconnu dans la bouilli verbale quelques mots des textes qui ont été des indices me montrant qu’il s’agissait bien de ces titres là.

Un jour tu as dit : « Lorsque Elvis est décédé, je me suis effondré. Une des rares fois. C’était toute ma vie, toute ma jeunesse qui repassait. Je n’ai parlé à personne pendant une semaine. S’il n’y avait pas eu Elvis et Hank Williams, Je ne serais pas là aujourd’hui. » Je n’ai pas peur de le dire, le jour ou tu partiras, tu laisseras un héritage aussi important que celui du grand Elvis, mais différent. Ton héritage sera plus profond, plus subtil. Seuls tes concerts terniront ta légende.

PS : D’habitude lorsque je vois un concert, je suis devant la scène à prendre des photos, je bosse quoi. Hier non, j’étais confortablement assis, c’était pratique d’avoir un poteau à côté de moi, j’ai pu m’appuyer contre et fermer les yeux. J’entendais ta voix Rauque ‘N folk et je me disais que décidément les temps sont peut être en train de changer.

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